Pourquoi un transfert vers l’hôpital peut être décidé

Un résident d’EHPAD peut être adressé à l’hôpital lorsqu’une situation dépasse les possibilités de surveillance, de diagnostic ou de traitement de l’établissement. Il peut s’agir d’une difficulté respiratoire, d’une douleur thoracique, d’un accident, d’une chute avec suspicion de fracture, d’un trouble neurologique soudain, d’une déshydratation importante, d’une infection mal tolérée ou d’une aggravation d’une maladie connue. Le transfert n’est pas automatiquement synonyme d’hospitalisation longue. Après un examen, l’équipe hospitalière peut proposer un retour rapide, une admission dans un service spécialisé, une surveillance de courte durée ou une orientation vers une autre structure.

La décision dépend de l’état clinique, des antécédents, des traitements, des souhaits de la personne et des possibilités de prise en charge à l’EHPAD. Le médecin traitant, le médecin coordonnateur, l’infirmier ou le personnel présent peuvent être impliqués selon l’heure et la gravité. En cas d’urgence vitale ou de doute sérieux, la priorité est d’alerter les secours plutôt que d’organiser soi-même un déplacement.

De l’évaluation initiale à la décision médicale

Lorsqu’un changement inquiétant est observé, le professionnel présent évalue notamment la conscience, la respiration, la circulation, la douleur, la température, la mobilité et l’évolution des symptômes. Il consulte aussi les informations disponibles dans le dossier du résident : maladies connues, allergies, traitements, autonomie habituelle et directives particulières. Cette comparaison avec l’état habituel est importante chez une personne âgée, car une confusion, une somnolence ou une perte d’autonomie peuvent révéler une affection aiguë sans symptômes très spécifiques.

Le médecin régulateur du 15 peut être appelé lorsque la situation nécessite un avis urgent ou l’envoi de moyens de secours. Le 112 est également le numéro d’urgence européen. Les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou ayant des difficultés à parler peuvent utiliser le 114, selon les modalités prévues pour ce service. L’appel doit préciser l’adresse de l’EHPAD, l’identité du résident, les signes observés, l’heure de début, les antécédents connus, les traitements importants et les mesures déjà prises.

Le médecin régulateur peut recommander une intervention immédiate, un transport médicalisé, une consultation organisée ou une surveillance avec réévaluation. Il ne faut pas retarder l’appel pour réunir tous les documents. Les informations manquantes pourront être complétées ensuite.

Qui organise le départ et quel transport est utilisé

Le mode de transport dépend de la gravité et de l’état de la personne. Une ambulance ou un véhicule de secours peut être nécessaire si le résident doit être surveillé ou installé d’une manière particulière pendant le trajet. Dans d’autres situations, un transport sanitaire prescrit peut être organisé. Un proche ne doit pas conduire lui-même une personne dont l’état est instable, qui présente un trouble de conscience, une douleur sévère, une difficulté respiratoire ou un risque de chute important.

L’EHPAD transmet habituellement les informations utiles et prépare le résident au départ. Les professionnels vérifient l’identité, sécurisent les effets nécessaires et signalent les dispositifs médicaux ou les risques particuliers. Lorsque cela est possible, ils informent la famille ou la personne à prévenir. Toutefois, en situation urgente, les soins et la sécurité passent avant l’attente d’un proche ou la préparation complète des affaires.

Le résident peut être accompagné par un professionnel de l’EHPAD selon l’organisation et les besoins, mais il n’est pas toujours possible qu’un membre de l’équipe reste avec lui durant tout le parcours. Le proche qui se rend à l’hôpital doit éviter de multiplier les appels pendant la phase de prise en charge. Il peut demander quel service est susceptible d’accueillir la personne, tout en sachant que l’orientation peut changer après l’évaluation médicale.

Les informations qui doivent accompagner le résident

La qualité des informations transmises réduit le risque d’erreur et facilite la continuité des soins. La Haute Autorité de santé recommande l’utilisation d’un dossier de liaison d’urgence, souvent appelé DLU, pour transmettre rapidement les données essentielles entre l’EHPAD et les services d’urgence. Le contenu exact peut varier selon les organisations, mais il doit permettre aux professionnels hospitaliers de comprendre rapidement la situation.

Les éléments particulièrement utiles sont les suivants :
  • l’identité du résident et les coordonnées de l’EHPAD ;
  • le motif du transfert, les symptômes observés et leur heure d’apparition ;
  • les antécédents médicaux et chirurgicaux importants ;
  • les allergies ou intolérances connues ;
  • le traitement habituel, notamment les anticoagulants, l’insuline, les médicaments sédatifs et les traitements contre la douleur ;
  • les derniers paramètres observés lorsqu’ils sont disponibles, comme la température, la tension artérielle, le pouls ou la saturation en oxygène ;
  • le niveau d’autonomie, les troubles cognitifs, les capacités de communication et les aides techniques utilisées ;
  • les coordonnées du médecin traitant, du médecin coordonnateur et de la personne à prévenir ;
  • les directives anticipées, l’existence d’une personne de confiance et les informations utiles sur les souhaits du résident.
Les documents ne doivent pas remplacer les explications orales. L’heure de la dernière prise médicamenteuse, la dernière prise alimentaire, une chute récente ou une modification récente du comportement peuvent être déterminantes. Si le résident porte des lunettes, des appareils auditifs, une prothèse dentaire ou utilise un fauteuil roulant, ces équipements doivent être identifiés et, si possible, accompagner le transfert.

Information, consentement et place des proches

Toute personne majeure capable de décider doit recevoir une information adaptée à son état et participer aux décisions qui la concernent. Le Code de la santé publique pose le principe du consentement libre et éclairé aux soins. En urgence, lorsque la personne ne peut pas exprimer sa volonté, les professionnels peuvent agir lorsque cela est nécessaire pour la protéger, puis rechercher les informations utiles sur ses souhaits et consulter les personnes habilitées selon les règles applicables.

La personne de confiance, si elle a été désignée, peut accompagner la personne dans ses démarches et être consultée lorsque celle-ci ne peut plus exprimer sa volonté. Elle ne décide pas automatiquement à la place du résident et ne doit pas être confondue avec la personne à prévenir. Les directives anticipées peuvent aider l’équipe à connaître les souhaits relatifs à la fin de vie lorsque la personne ne peut plus s’exprimer. Elles ne constituent pas une consigne générale pour refuser toute hospitalisation : leur contenu doit être examiné en fonction de la situation médicale.

Les proches peuvent transmettre des informations précieuses sur les habitudes, la communication, la douleur ou l’état habituel. Ils ne peuvent toutefois pas exiger un examen, un traitement ou une sortie qui relèvent de l’évaluation médicale. Ils peuvent demander des explications sur le service d’accueil, les examens envisagés, les changements de traitement et les prochaines étapes. Le secret médical demeure applicable, même lorsqu’un proche s’inquiète. Les informations peuvent être partagées avec l’accord du résident ou dans les conditions prévues par la loi lorsque celui-ci ne peut pas exprimer sa volonté.

Ce qui se passe à l’arrivée aux urgences ou dans le service

À son arrivée, le résident est identifié puis évalué selon le degré d’urgence. L’ordre de passage ne dépend pas uniquement de l’heure d’arrivée. Une personne arrivée après lui peut être examinée plus rapidement si son état présente un risque immédiat. L’équipe peut réaliser un examen clinique, une mesure des paramètres vitaux, une prise de sang, un électrocardiogramme, une imagerie ou d’autres examens selon les signes observés.

Chez une personne âgée, l’équipe recherche aussi les facteurs qui peuvent aggraver rapidement la situation : déshydratation, infection, effets indésirables ou interactions médicamenteuses, immobilisation, douleur mal contrôlée, dénutrition, chute, confusion aiguë ou perte fonctionnelle. Une confusion apparue brutalement, appelée parfois delirium, n’est pas simplement un signe normal du vieillissement. Elle doit être signalée, car elle peut être liée à une infection, un médicament, un trouble métabolique, une douleur ou une rétention urinaire, parmi d’autres causes.

Le séjour peut être éprouvant pour un résident désorienté. Les proches peuvent aider en donnant des repères simples, en fournissant les lunettes et appareils auditifs, en indiquant les habitudes de communication et en signalant les changements par rapport à l’état habituel. Ils doivent cependant respecter les consignes du service et ne pas interrompre les soins ou les examens.

Les situations qui nécessitent une attention particulière

Le transfert peut modifier temporairement les repères, le sommeil, l’alimentation et la mobilité. Une personne qui marche habituellement peut rester longtemps au lit à l’hôpital ; une personne qui communique peu peut avoir des difficultés à exprimer une douleur ; une personne atteinte de troubles cognitifs peut retirer une perfusion ou refuser un examen parce qu’elle ne comprend pas la situation. Ces risques doivent être signalés sans réduire la personne à son diagnostic.

Les proches et les professionnels de l’EHPAD peuvent préparer une fiche courte avec les informations concrètes suivantes :
  • la manière dont le résident exprime habituellement la douleur ou l’inconfort ;
  • les aliments, textures ou aides nécessaires pour manger et boire ;
  • le niveau d’aide requis pour la toilette, l’habillage et les déplacements ;
  • les habitudes de sommeil et les facteurs qui apaisent une anxiété ;
  • les mots ou gestes utilisés pour communiquer ;
  • les risques connus, par exemple une chute récente ou une difficulté à avaler.
Cette transmission est particulièrement utile lorsque le résident ne peut pas répondre lui-même. Elle ne remplace pas le dossier médical, mais elle décrit le fonctionnement quotidien, souvent moins détaillé dans un compte rendu d’urgence.

Le retour en EHPAD après l’hospitalisation

Le retour peut être décidé lorsque l’état est stabilisé et qu’une prise en charge hospitalière n’est plus nécessaire. Il peut aussi être différé si le résident a besoin d’une surveillance, d’une intervention, d’une rééducation ou d’un traitement qui ne peut pas être assuré immédiatement dans l’EHPAD. Le service hospitalier doit transmettre des informations permettant la continuité des soins, notamment le diagnostic retenu ou les hypothèses, les examens réalisés, les résultats importants, les traitements commencés ou arrêtés, les consignes de surveillance et les rendez-vous prévus.

Avant le retour, il est utile de vérifier les points suivants :
  1. Le résident peut-il retrouver sa chambre et ses repères dans les conditions habituelles ?
  2. Une aide supplémentaire est-elle nécessaire pour se lever, manger, boire ou prendre les médicaments ?
  3. Les prescriptions sont-elles lisibles et à jour ?
  4. Les soins à réaliser, les signes d’alerte et les délais de contrôle sont-ils clairement indiqués ?
  5. Le matériel nécessaire est-il disponible dans l’établissement ?
  6. Le médecin traitant et les proches concernés ont-ils été informés ?
Le retour n’est pas une simple formalité administrative. Une réévaluation par l’équipe de l’EHPAD permet de comparer l’état du résident avec son niveau habituel et d’adapter le projet de soins. Une nouvelle aggravation, une douleur non soulagée, une difficulté respiratoire, une somnolence inhabituelle ou une incapacité soudaine à boire et à se mobiliser doivent être signalées rapidement au professionnel compétent.

Comment les proches peuvent se préparer utilement

Les proches peuvent faciliter les échanges en conservant une liste actualisée des traitements, des allergies, des antécédents importants et des coordonnées utiles. Il est préférable de noter le nom exact des médicaments, leur dosage et les moments de prise plutôt que de se limiter à la couleur des boîtes. Cette liste doit être vérifiée avec l’EHPAD ou le médecin, car un traitement peut avoir été modifié.

Il est également utile de connaître les volontés du résident concernant les hospitalisations, les examens et les situations de fin de vie, sans supposer qu’un souhait ancien répond à toutes les situations. Une discussion anticipée avec le médecin traitant et l’équipe de l’EHPAD peut aider à distinguer les prises en charge souhaitées, les situations dans lesquelles une hospitalisation serait pertinente et les modalités d’accompagnement lorsque les soins sont principalement palliatifs. Ces échanges doivent être réévalués lorsque l’état de santé ou les priorités de la personne changent.

Lorsqu’un départ est annoncé, le proche peut demander :
  • quel est le motif médical du transfert ;
  • quels signes ont été observés et depuis quand ;
  • quel service ou quel établissement est envisagé ;
  • quels documents et effets personnels accompagnent le résident ;
  • qui informera la famille des résultats et du retour ;
  • quelles consignes seront appliquées en attendant des nouvelles.
En cas de désaccord ou d’information insuffisante, il est possible de demander un échange avec le médecin, l’infirmier référent, le médecin coordonnateur ou le cadre de santé concerné. Une réclamation portant sur la prise en charge hospitalière peut suivre les voies prévues par l’établissement et par le Code de la santé publique. Elle ne doit pas retarder l’appel aux secours si une urgence est en cours.

Repères essentiels à retenir

Le transfert d’un EHPAD vers l’hôpital repose sur une évaluation médicale, une transmission structurée et une coordination entre plusieurs équipes. La famille n’a pas à organiser seule le transport ni à déterminer le service adapté. Son rôle est surtout de transmettre les informations utiles, de faire connaître les souhaits du résident et de rester disponible pour les décisions qui nécessitent son intervention.

Quelques repères peuvent être gardés en mémoire :
  • en cas de détresse ou de doute important, appeler le 15 ou le 112 ;
  • ne pas déplacer soi-même une personne dont l’état est instable ;
  • préparer une liste de traitements et d’allergies régulièrement mise à jour ;
  • signaler le niveau d’autonomie et l’état habituel, pas seulement les diagnostics ;
  • vérifier la présence des directives anticipées et l’identité de la personne de confiance lorsqu’elles existent ;
  • demander un compte rendu et des consignes précises au retour ;
  • consulter rapidement un professionnel si l’état se dégrade à nouveau.
Les recommandations de la Haute Autorité de santé sur la continuité des soins et le dossier de liaison d’urgence constituent des repères importants pour organiser ces échanges. Les modalités concrètes peuvent varier selon l’EHPAD, le service hospitalier et le territoire.

FAQ : transfert d’un résident d’EHPAD vers l’hôpital

Un proche doit-il donner son accord pour l’hospitalisation ?

Lorsque le résident est en capacité de décider, son consentement est recherché. Un proche n’a pas à autoriser systématiquement les soins. Si le résident ne peut pas exprimer sa volonté, les professionnels recherchent ses directives anticipées et consultent la personne de confiance ou les proches dans les conditions prévues par la loi. En urgence, les soins nécessaires peuvent être réalisés sans attendre un accord familial.

Le résident peut-il être ramené à l’EHPAD le jour même ?

Oui, si l’évaluation montre qu’une hospitalisation prolongée n’est pas nécessaire et que le retour est compatible avec sa sécurité. Le service doit alors transmettre les conclusions, les prescriptions et les consignes de surveillance. Un retour rapide ne signifie pas que les symptômes n’étaient pas sérieux : il peut simplement indiquer que les examens et les soins requis peuvent être poursuivis dans un autre cadre.

Que faire si la famille ne reçoit pas de nouvelles ?

La personne à prévenir peut contacter l’EHPAD pour vérifier les informations connues, puis le service hospitalier si elle dispose de ses coordonnées. Le secret médical peut limiter les informations communiquées, notamment si le résident s’y oppose ou s’il est en mesure de décider. Il est utile de rappeler la qualité de personne de confiance, lorsque cette désignation existe, et de demander à être recontacté selon les modalités du service.

Quels objets doivent accompagner le résident ?

Les lunettes, appareils auditifs, prothèses dentaires, aides à la mobilité et documents médicaux peuvent être nécessaires. Chaque objet doit être identifié pour limiter les pertes. Les objets de valeur et les sommes importantes sont à éviter. Les médicaments personnels ne doivent pas être pris ou donnés de sa propre initiative : ils doivent être signalés à l’équipe, qui décidera de leur utilisation.

Quand appeler les secours plutôt que l’EHPAD ?

Si une personne présente une difficulté respiratoire importante, une douleur thoracique, une perte de connaissance, des signes d’AVC, une hémorragie abondante, une convulsion prolongée ou une aggravation brutale, il faut alerter immédiatement le 15 ou le 112. En cas de difficulté à parler ou à entendre, le 114 peut être utilisé par les personnes concernées. Les consignes du régulateur doivent être suivies jusqu’à l’arrivée des secours.