Pourquoi préparer ses choix avant une intervention

Une opération peut nécessiter une anesthésie générale, une sédation ou une période de surveillance pendant laquelle le patient ne peut pas répondre aux questions des professionnels de santé. Cette incapacité temporaire à s’exprimer ne signifie pas que la personne perd ses droits ni que ses proches peuvent décider librement à sa place. Elle rend toutefois utile l’anticipation des volontés de santé.

En France, deux outils répondent à des objectifs différents : la personne de confiance et les directives anticipées. La première peut être consultée pour témoigner des volontés du patient lorsqu’il ne peut plus les exprimer. Les secondes permettent de consigner à l’avance des souhaits concernant la fin de vie, notamment la poursuite, la limitation, l’arrêt ou le refus de traitements dans certaines situations médicales.

Ces démarches sont particulièrement pertinentes avant une intervention programmée, mais elles peuvent être réalisées à tout moment. Elles ne remplacent pas l’échange avec le chirurgien, l’anesthésiste ou le médecin traitant. Elles complètent l’information médicale et facilitent la transmission des choix personnels.

La personne de confiance, un interlocuteur désigné à l’avance

Selon l’article L1111-6 du Code de la santé publique, toute personne majeure peut désigner une personne de confiance. Il peut s’agir d’un parent, d’un proche ou du médecin traitant. La personne choisie doit être majeure et accepter cette mission.

Son rôle est notamment de :

  • accompagner le patient dans ses démarches et ses entretiens médicaux, si celui-ci le souhaite ;
  • être consultée lorsque le patient n’est plus en état d’exprimer sa volonté ;
  • témoigner de ce que le patient aurait souhaité, à partir des échanges et des indications qu’il lui a donnés.

La personne de confiance n’est pas un représentant légal automatique. Elle ne décide pas à la place du patient lorsqu’il est capable de s’exprimer. Elle n’a pas non plus vocation à choisir un traitement selon ses propres préférences. Sa mission consiste à restituer le plus fidèlement possible les volontés et les valeurs de la personne concernée.

Avant une opération, il est utile de lui expliquer les grandes lignes de l’intervention, les conséquences possibles évoquées par l’équipe médicale et les limites que le patient souhaite poser. Elle n’a pas besoin de connaître tous les détails techniques, mais elle doit comprendre ce qui compte pour le patient : autonomie, douleur, réanimation, dépendance, récupération fonctionnelle ou maintien de certaines capacités.

Comment désigner sa personne de confiance

La désignation se fait par écrit. L’établissement ou le professionnel de santé peut proposer un formulaire, mais un document daté et signé peut également être utilisé. Il est recommandé d’y faire figurer :

  • les nom et prénom du patient ;
  • les coordonnées de la personne désignée ;
  • la mention explicite de son acceptation, avec sa signature si le formulaire le prévoit ;
  • la date de rédaction ;
  • la signature du patient.

Le document doit être transmis avant l’intervention au service concerné, au médecin traitant et, si possible, conservé dans le dossier médical. Le patient peut garder une copie et informer ses proches de l’existence de cette désignation. Il peut aussi demander que son dossier comporte une indication claire permettant aux soignants de retrouver le document.

La désignation est révocable à tout moment. Elle peut être modifiée ou annulée, de préférence par écrit afin d’éviter toute ambiguïté. Une nouvelle désignation remplace la précédente lorsqu’elle est clairement datée et communiquée aux professionnels concernés. Il est prudent de vérifier cette information lors d’une hospitalisation ultérieure, surtout si les coordonnées ont changé.

Ce que la personne de confiance peut et ne peut pas faire

Lorsque le patient est conscient et en mesure de communiquer, son avis prévaut. La personne de confiance peut l’aider à comprendre les informations, demander que certains points soient réexpliqués et rappeler les préférences exprimées, mais elle ne prend pas le contrôle des décisions médicales.

Lorsque le patient ne peut plus exprimer sa volonté, la personne de confiance est consultée en priorité, sauf impossibilité ou situation particulière prévue par la loi. Son témoignage est pris en compte dans la décision médicale. Il ne s’agit pas d’un pouvoir de veto ni d’une autorisation générale pour accepter ou refuser tous les soins.

Cette distinction est importante avant une anesthésie. Le patient peut désigner une personne de confiance uniquement pour être accompagné pendant les consultations, ou lui demander également de témoigner de ses volontés en cas d’incapacité. Il est préférable de lui dire clairement ce que recouvre la mission et de ne pas la placer devant des choix qu’elle n’est pas prête à porter.

Les directives anticipées : exprimer ses volontés pour la fin de vie

Les directives anticipées sont un document écrit dans lequel une personne majeure indique ses souhaits concernant sa fin de vie. Elles peuvent notamment préciser ses préférences sur la poursuite, la limitation, l’arrêt ou le refus de traitements ou d’actes médicaux, dans l’hypothèse où elle ne pourrait plus s’exprimer.

Elles sont prévues par l’article L1111-11 du Code de la santé publique. Elles ne servent pas à donner des consignes techniques pour chaque opération et ne remplacent pas le consentement recueilli avant une intervention. Leur objectif est différent : aider l’équipe médicale à respecter les volontés du patient si une situation grave survient et que celui-ci n’est plus capable de communiquer.

Les directives peuvent aborder des situations comme une maladie grave et incurable, un état de coma persistant ou une atteinte neurologique très sévère. Elles peuvent exprimer l’importance accordée à la capacité de communiquer, à la conscience, à l’autonomie ou au soulagement de la douleur. Il faut employer des formulations compréhensibles et éviter les expressions trop générales, comme ne jamais vouloir être réanimé, sans préciser le contexte médical envisagé.

Rédiger des directives anticipées compréhensibles et utilisables

La Haute Autorité de santé a publié des repères et des modèles destinés à aider les personnes à rédiger leurs directives anticipées. Un formulaire n’est pas obligatoire, mais il peut guider la réflexion et faciliter la lecture par les professionnels de santé.

Le document doit être écrit, daté et signé. Si la personne ne peut pas écrire ou signer elle-même, des modalités particulières permettent de faire attester le document par des témoins. En cas de difficulté, il est préférable de demander conseil à un médecin ou à un autre professionnel de santé plutôt que d’utiliser un modèle mal adapté.

Pour être utiles, les directives peuvent répondre à plusieurs questions :

  • Qu’est-ce qui donne un sens important à ma vie et que voudrais-je préserver autant que possible ?
  • Quelles situations médicales me paraîtraient incompatibles avec mes volontés ou mes valeurs ?
  • Quelle place accorder au soulagement de la douleur et de l’inconfort, même si les traitements peuvent entraîner une somnolence ?
  • Que voudrais-je que les soignants sachent si je ne peux plus répondre ?
  • Quels proches connaissent mes souhaits et peuvent aider à les expliquer ?

Il est possible de modifier ou d’annuler ses directives anticipées à tout moment. Une version récente doit remplacer les anciennes copies. Il faut donc dater chaque nouvelle version et retirer, autant que possible, les documents obsolètes du dossier médical.

Quelle valeur ont les directives anticipées à l’hôpital

En principe, les directives anticipées s’imposent au médecin pour les décisions relatives à la fin de vie. La loi prévoit toutefois des exceptions. Elles peuvent ne pas être appliquées en cas d’urgence vitale, pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation, ou lorsqu’elles apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. Dans ce dernier cas, une procédure collégiale doit être mise en œuvre et la décision doit être inscrite dans le dossier médical.

Ces règles expliquent pourquoi les directives anticipées ne fonctionnent pas comme une ordonnance donnant des instructions automatiques pour tous les actes. L’équipe médicale doit mettre le document en relation avec l’état de santé réel, les traitements possibles et le pronostic. Les volontés écrites constituent un repère majeur, mais elles doivent être interprétées dans le cadre légal et médical applicable.

Une opération programmée est un bon moment pour vérifier que les directives sont accessibles. Le patient peut les remettre lors de la consultation d’anesthésie, demander leur intégration au dossier et signaler leur existence à la personne de confiance. Cela évite qu’un document conservé uniquement à domicile soit découvert trop tard.

Personne de confiance et directives anticipées : deux outils complémentaires

Ces deux dispositifs ne se confondent pas. Les directives anticipées donnent une expression écrite aux volontés du patient. La personne de confiance peut expliquer ces volontés, apporter des précisions et témoigner des échanges lorsque le document ne répond pas exactement à la situation rencontrée.

DispositifObjectif principalMoment où il est particulièrement utile
Personne de confianceAccompagner et témoigner des volontés du patientConsultation, hospitalisation ou incapacité temporaire à communiquer
Directives anticipéesExprimer par écrit des choix concernant la fin de vieSituation médicale grave lorsque le patient ne peut plus s’exprimer

Il est possible d’avoir une personne de confiance sans rédiger de directives anticipées, et inversement. Toutefois, associer les deux démarches peut améliorer la compréhension des choix. La personne désignée doit connaître l’existence du document et savoir où il est conservé. Le patient peut aussi lui expliquer les éléments qui ne figurent pas dans les directives, sans lui demander de les deviner.

Les démarches concrètes à réaliser avant l’opération

Une préparation simple permet de réduire les incertitudes. Les étapes suivantes peuvent être adaptées à la situation de chacun :

  1. Choisir une personne disponible et digne de confiance. Il ne s’agit pas nécessairement du parent le plus proche, mais de quelqu’un capable d’écouter, de respecter les volontés exprimées et de rester joignable.
  2. Parler ouvertement de la mission. Le patient peut expliquer ce qu’il redoute, ce qu’il souhaite préserver et les questions qu’il aimerait voir posées aux soignants.
  3. Remplir et signer la désignation. Les coordonnées doivent être lisibles et actualisées.
  4. Rédiger ou relire les directives anticipées. Il faut vérifier qu’elles correspondent toujours aux valeurs et à l’état de santé actuels.
  5. Transmettre les documents. Les remettre au médecin traitant, au service qui prend en charge l’opération et, lorsque cela est possible, les faire intégrer au dossier médical.
  6. Conserver une copie accessible. Le patient et la personne de confiance doivent savoir où se trouve la version à jour.
  7. Poser les questions lors de la consultation d’anesthésie. Le patient peut demander comment seront recueillis son consentement, ses préférences et les informations utiles en cas d’incapacité temporaire.

Il est également utile de préparer une liste de traitements habituels, d’allergies connues et de coordonnées à prévenir. Ces informations ne remplacent pas le dossier médical, mais elles peuvent faciliter les échanges, notamment en cas de transfert ou de complication.

Situations particulières à anticiper

Certaines situations demandent une attention supplémentaire. Une personne qui ne maîtrise pas suffisamment le français peut demander un interprétariat professionnel ou une aide adaptée pour comprendre les documents. Un handicap sensoriel, cognitif ou moteur ne supprime pas le droit de participer aux décisions : les professionnels doivent rechercher les moyens de communiquer de manière compréhensible et accessible.

Pour une personne faisant l’objet d’une mesure de protection juridique, les modalités de rédaction des directives anticipées peuvent dépendre de la mesure et de l’autorisation du juge ou du conseil de famille lorsqu’elle est nécessaire. Il est préférable de solliciter le médecin, le mandataire judiciaire, le service social ou le greffe compétent avant de signer un document, afin de respecter les règles propres à la situation.

La personne de confiance ne doit pas être confondue avec un tuteur, un curateur, un proche à prévenir ou une personne autorisée à recevoir des informations médicales. Ces fonctions n’ont pas le même objectif. Le patient peut demander aux professionnels de lui expliquer précisément les conséquences de chaque désignation.

Que faire en cas de désaccord ou de document introuvable

Un désaccord entre proches ne donne pas automatiquement le dernier mot à la personne qui se manifeste la première. L’équipe médicale doit rechercher la volonté du patient, consulter les documents disponibles et appliquer la procédure prévue par le Code de la santé publique. La personne de confiance apporte un témoignage, mais elle ne tranche pas un conflit familial selon ses préférences personnelles.

Si les directives anticipées sont introuvables, le patient peut indiquer à l’avance où elles sont conservées et qui en détient une copie. En cas de versions différentes, la date et la volonté la plus récente sont des éléments essentiels à vérifier. Une copie non datée ou difficile à attribuer peut créer une incertitude, d’où l’intérêt d’un document clair, signé et transmis au dossier médical.

Lorsqu’une personne ne peut plus exprimer sa volonté et qu’aucune personne de confiance n’a été désignée, les professionnels recherchent les indications disponibles auprès des proches et dans le dossier. Cette recherche peut prendre du temps et être source de tensions. La désignation préalable permet donc de mieux identifier l’interlocuteur à consulter, sans garantir que toutes les décisions médicales seront prises selon ses demandes.

À retenir avant de se faire opérer

La désignation d’une personne de confiance et la rédaction de directives anticipées sont deux démarches distinctes, mais complémentaires. Elles permettent de mieux faire connaître les choix du patient lorsque la communication devient temporairement ou durablement impossible.

Avant une opération, les points essentiels sont les suivants :

  • la personne de confiance doit être majeure, informée de son rôle et d’accord pour l’assumer ;
  • la désignation doit être écrite, datée, signée et transmise à l’équipe médicale ;
  • les directives anticipées concernent principalement les décisions de fin de vie, et non chaque détail de l’intervention ;
  • les directives doivent être compréhensibles, régulièrement relues et remplacées par une version datée en cas de modification ;
  • le médecin doit rechercher la volonté du patient et respecter le cadre légal applicable ;
  • ces documents ne remplacent ni le consentement à l’opération ni les échanges avec le chirurgien et l’anesthésiste.

En cas de question sur une situation personnelle, il est recommandé de demander une explication au médecin traitant, au chirurgien, à l’anesthésiste ou à l’équipe chargée de la préparation de l’intervention. En cas d’urgence médicale, il faut appeler le 15, le 112 ou, pour les personnes sourdes ou malentendantes, le 114 par les moyens disponibles.

Questions fréquentes

Peut-on désigner plusieurs personnes de confiance ?

La désignation porte en principe sur une personne de confiance. Il est toutefois possible d’informer plusieurs proches de ses volontés et de leur remettre une copie des directives anticipées. Pour éviter les ambiguïtés, le document doit identifier clairement la personne officiellement désignée et ses coordonnées.

La personne de confiance peut-elle refuser une opération à ma place ?

Non, elle ne dispose pas d’un pouvoir général pour décider à la place du patient. Si celui-ci peut exprimer sa volonté, son choix prévaut. Lorsqu’il ne le peut plus, la personne de confiance témoigne de ses volontés et est consultée dans le cadre de la décision médicale.

Les directives anticipées sont-elles obligatoires avant une opération ?

Non. Elles sont facultatives. Leur rédaction peut néanmoins aider les professionnels et les proches à comprendre les souhaits du patient dans une situation grave où il ne pourrait plus communiquer.

Faut-il refaire ses directives avant chaque intervention ?

Non, aucune réécriture systématique avant chaque opération n’est nécessaire. En revanche, il est utile de les relire lorsque l’état de santé, les traitements, les priorités ou les préférences changent, puis de transmettre la version actualisée aux professionnels concernés.

La personne de confiance peut-elle assister à la consultation d’anesthésie ?

Oui, si le patient le souhaite et si l’organisation du service le permet. Sa présence peut faciliter la compréhension des informations et la transmission des questions. Elle ne remplace pas l’échange direct entre le patient et l’anesthésiste.